Pensées d'une ronde

Anna Carolina, juste une des notres

P1000311Depuis quelques jours, je m'interroge. J'en parle ? J'en parle pas ? D'un côté, ce serait logique d'en parler, parce que tout de même, c'est un de mes chevaux de bataille. Mais d'un autre côté, la décence m'en empêche, parce qu'après tout, c'est d'une des notres qu'il s'agit. Oui, une des notres. Une femme. Une femme qui a tant souffert dans sa chair qu'elle en est morte.

 

Et puis finalement, j'ai décidé d'en parler. Parce que forcément, ce que je craignais après la lecture de la dépêche AFP annonçant le décès de cette pauvre Brésilienne, top model de son état, s'est avéré exact: tous les journaux, féminins ou people se sont rués sur l'histoire. Vous pensez, trop bien un scénario pareil ! Ah, ça a dû s'exciter sec dans les rédactions: "génial chérie, ça va nous faire une couv extra! Montre un peu les photos ? Oh, non, là elle n'est pas assez maigre, on voit pas qu'elle va mourir. Ah... là, par contre, les cernes sont super, bien noirs. On la prend en pleine face son anorexie, sur ce cliché. Et si on mettait juste à côté une photo d'elle quand elle était petite? Oui, celle-ci, elle est bien joufflue sur celle-ci. Parfait. Là c'est clair: cette fille qui pétait la santé il y a dix ans a été pourrie par ce milieu immonde de la mode. On la tient notre histoire. On va faire un malheur."

 

Bon, on les comprend en même temps. L'agonie d'Ana Carolina Reston, puisque c'est comme ça qu'elle s'appelait, c'est "Amour gloire et beauté" en mieux. Dans six mois, à tous les coups y'aura le téléfilm sur M6. Non mais c'est vrai, ça n'arrive pas tous les jours un événement pareil. Pile poil en plein débat d'actualité. Avec à la clé la possibilité de se répandre sur les méfaits de la dictature du beau et du mince, tout en illustrant ces propos de photos morbides d'une fille qu'on a jamais tant vu sur papier glacé que depuis qu'elle est morte...

 

Non parce que je ne sais pas vous, mais moi cette pauvre Ana Carolina Reston je n'en n'avais jamais entendu parler avant. Et là on dirait que c'était Cindy Crawford. Surtout, ce n'est pas exactement la première fille à mourir de cette atroce maladie qu'est l'anorexie. Et réduire ce désordre physique et mental à un simple effet secondaire du mannequinat, c'est juste consternant. L'anorexie est une maladie complexe et encore aujourd'hui mal comprise, qu'on ne peut expliquer par la seule envie de ressembler aux filles des magasines. Même si bien sûr, ça aide. Et surtout, bien que je n'aie pas pour ainsi dire une très grande sympathie pour les agences de mannequins, c'est tout de même un peu facile de tout leur mettre sur le dos. Après tout ces agences ne font que répondre à une demande. A une demande émanant des couturiers bien sûr, mais aussi des magasines, donc de la pub et par conséquent des lecteurs et lectrices, donc de nous.

 

Alors après, faire du beurre sur la mort d'une fille qui s'est affamée volontairement, qui manifestement se tuait à petit feu pour faire vivre sa famille et qui a probablement succombé sous le poids de responsabilités beaucoup trop lourdes pour son âge, et bien c'est juste à gerber, sans mauvais jeu de mots. Quand en plus ceux qui profitent de ce drame en sont en partie responsables et bien on atteint un degré de cynisme qui me donne envie d'hurler.

 

Et pour ne pas tomber justement dans le piège que je dénonce, je m'arrêterai là.

 

Oh, et puis non, juste encore une chose. De femme à femme, je pense à toi Ana Carolina. Je pense aussi à toi mon amour, mon petit bout de fille. Et je prie toutes ces divinités auxquelles je ne crois pas pour que jamais tu ne maltraites ton corps jusqu'à le faire disparaître.

 

Amen.

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Où sont passées les rondes ?

ellescarlettIl y a des événements qui passent à la trappe. L'actualité est parfois sélective et c'est dégueulasse. Non, vraiment. Parce que cette info valait la une des journaux, tout au moins celle de mon blog. Et je l'ai passée sous silence, comme ça, pour des raisons que moi même j'ignore, privant le monde entier - ouais, j'ai le melon grave, c'est comme ça, on est célèbre ou on l'est pas et moi je vous rappelle que je... ne le suis pas mais presque - de ce scoop capital: le Elle de cette semaine ne parle pas des rondes.

 

Si.

 

Ah ! ça vous sèche hein !

 

Il fallait bien que ça arrive, après sept semaines consécutives d'enquêtes fouillées sur le mal du siècle, Elle a jeté son tablier.

 

Pas de conseil minceur. Pas de page "spécial soutien gorges grandes tailles, osez le 85 C". Pas de recettes sympa et faciles pour ne pas reprendre les kilos de cet été. Pas de conseils, deux mois à l'avance, pour ne pas grossir pendant les fêtes. Pas d'analyse psychologique de Liv Tyler, l'actrice obèse d'Hollywood. Pas de "bah berk qu'elle est moche Nicole Richie avec toute sa maigreur qui la rend si hype". Pas de reportage saisissant sur "ma journée dans un jean taille 38". Rien. Non mais je vous assure, j'ai bien cherché, même pas un tout petit témoignage de fille pulpeuse qui fait des pipes comme une déesse. Nada, pas la trace d'un début d'un régime express.

 

Bon, en même temps ce silence assourdissant s'explique. Ben oui, quoi, en couverture du Elle cette semaine, c'est la grosse Scarlett. Alors bon, faut pas charrier, c'est déjà faire preuve d'un courage pas commun d'oser exhiber ce tas de graisse en une - je rappelle que l'actrice est systématiquement montrée en exemple dans les articles consacrés aux filles qui s'assument avec leurs kilos en trop - les rédactrices n'allaient pas en rajouter non plus.

 

Allez, sérieusement, moi personnellement ce numéro je le planque. Parce que cette fille, c'est une insulte à la nature tellement elle est belle. Surtout sur cette photo. Avec juste deux débardeurs de rien du tout - qui doivent malgré tout coûter un rein vu que c'est du Gucci - et ses cheveux d'un blond divin - David je retire tout ce que j'ai dit ton balayage il craint sa race, franchement va passer ton CAP "Johanson" et ensuite seulement tu auras le droit de retoucher à mes cheveux.

 

Bien sûr, il y a photoshop. Mais moi cette fille j'ai commencé à l'aimer dans l'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux. Elle avait 13 ans au plus et elle dévorait l'écran. Sa bouche était pulpeuse comme aujourd'hui, sa voix rauque comme si Lauren Bacall s'était planquée dans ce corps d'enfant. Et son regard vous transperçait déjà.

 

Vous l'aurez compris, je suis bluffée. Mais malgré tout ce Elle va partir à la poubelle parce qu'il n'est pas bon pour l'homme. Ben oui mon chéri, tu vieillis, il faut ménager ton coeur. Et cette fille c'est un aller direct pour l'infarctus.

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