Pensées d'une ronde

Et si on disait non ?

Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais personnellement, je suis de la race des "j'ose pas". "J'ose pas demander à la maitresse", "j'ose pas lui dire que j'ai pas envie de sortir ce soir", "j'ose pas refuser de prêter de l'argent", etc etc etc.

 

Ce n'est pas nouveau, ça a toujours été. La manifestation la plus flagrante de cette faiblesse de caractère était particulièrement évidente du temps où je fumais. Je pense détenir le record de clopes données gracieusement à qui le demandait. Oh, pas par générosité, hein. Enfin, si quand même, mais pas que. Aussi par peur de me faire casser la figure. Ben oui, c'est comme ça, j'ai souvent peur qu'on me casse la figure.

 

Aussi par crainte qu'on ne m'aime pas. Ben oui, c'est comme ça, je veux qu'on m'aime. Ah bon, ça se voit ?

 

Toujours est-il que limite on aurait dit qu'il y avait écrit sur mon front: "Ici dépôt gratuit de tabac". Tout le monde le savait et jamais je crois de ma vie je n'ai refusé de donner une cigarette.

 

Jamais de ma vie non plus ou presque je n'en ai taxé. J'osais pas. En plus il se trouve que les rares fois où j'ai tenté je me suis pris des vents mémorables. En même temps ils étaient con les gens - oui, souvent, en effet, mais là vraiment - parce qu'en bonne adhérente du club des poires, j'étais aussi du style à racheter un paquet plein à la bonne âme qui m'aurai dépannée d'une clope. Et ça même si la personne en question m'en avait auparavant "emprunté" une bonne centaine.

 

Bref, la cigarette, c'est une métaphore, vous vous en doutez bien. Ah non, vous ne vous en doutiez pas ? Alors je vais en venir au fait au lieu de tourner autour du pot comme un lion en cage.

 

Depuis quelques mois, je reçois plein de mails de nouveaux amis. Ouais, c'est dingue, moi qui voulais qu'on m'aime, j'ai carrément réussi. Un truc de fou. Dans ces mails, les gens ils me disent que je suis géniale - jusqu'ici tout va bien - que vraiment ils me kiffent grave - encore, encore - et que d'ailleurs la preuve, ils viennent me lire. Je ne vous dis pas, les premiers du genre, j'étais pétrie de reconnaissance. Le problème, c'est qu'en général, ça ne s'arrête pas là.

 

Ces nouveaux amis que moi j'ai, ils ont en général un truc à me demander. ça donne ça à peu près:

 

- "Bonjour Caro, je trouve que t'es une fille géniale. Il se trouve que je viens de monter un commerce de dessous féminins, tu peux me faire de la pub ? Je n'ai pas d'argent à te proposer mais en revanche je te fais une ristourne de 5% sur les culottes à partir de 300 euros d'achat".

 

- "Bonjour Mademoiselle - ouais y'en a ENCORE qui ignorent que je suis une femme respectable maintenant - on lance une nouvelle ligne de vêtements pour des femmes fortes, vous voudriez bien mettre un gros encart sur votre blog ? On a pas d'argent à vous proposer, mais par contre vous toucheriez 1% du montant des achats générés par vos lectrices. On espère que vous vous rendez compte de la chance que vous avez."

 

- "Salut Caro, je suis toute nouvelle sur la blogosphère, alors ce serait génial que tu fasses un article sur moi et aussi que tu me mettes en lien. En plus je te signale que j'ai mis un commentaire chez toi y'a deux jours".

 

- "Bonjour t'es trop oufe comme nana, c'est méga bien ce que tu fais et comme t'es une fille et que moi aussi et que j'ai besoin de gagner un concours de blogs, ben je trouve que ça serait vraiment bien au nom de notre amitié naissante que tu fasses un billet sur moi."

 

Bref, vous voyez le style. Passées les premières semaines où j'étais trop heureuse d'avoir autant de gens qui m'aimaient, j'ai fini par comprendre que peut-être en réalité, ce n'était pas vraiment ni d'amour ni d'amitié qu'il s'agissait.

 

Alors au début, vu que je suis une "j'ose pas", ben j'ai pas osé, normal. Pas osé dire non, pas osé dire que merde alors, moi j'ai jamais rien demandé à personne de ce genre parce que ça me semble un peu... osé, non ? Du coup, j'ai mis en lien des gens juste parce qu'ils me l'avaient demandé gentiment et j'ai parlé de trucs dont en fait je n'avais pas du tout envie de parler.

 

Et puis comme je suis à l'aube de mes 29 ans - presque 38 - je me suis dit: "Ma caro, va falloir grandir. Dans la vie, on ne PEUT pas être aimé de tout le monde. Alors oui c'est assez désagréable d'avoir le mauvais rôle et de passer pour la méchante fille qui a dit non. Mais souviens-toi de toutes les fois où on t'a refusé une clope, merde, alors !"

 

Vous savez quoi ? ça marche. A chaque fois qu'on me demande un truc qui me semble purement intéressé, à chaque fois que j'ai la très nette impression d'être une poire, je me rappelle avec quelle désinvolture ces mêmes personnes me refuseraient une cigarette alors que le simple fait d'oser demander m'aurait déjà fait perdre deux ans de vie - à cause du stress.

 

Et du coup, je refuse.

 

Je ne vous cache pas que c'est moyennement facile à vivre, de ne plus être la gentille à tous les coups. Je vous avoue aussi que du coup, j'ai moins d'amis. En même temps, à bien y réfléchir, les Trois suisses n'ont jamais été mes amis - oui, la collection pour femmes forte, c'est eux.

 

Voilà, il est évident que je ne parle pas de tous ces mots adorables que certains d'entre vous m'envoient, juste pour me raconter que ben pareil, vous aussi vous n'aimez pas vos fesses, ou que vous allez vous marier, ou que vous détestez Vanessa et que vous adorez Charlotte et bien plus encore. Ces mots là, ils me nourrissent et me comblent, que les choses soient bien claires. Mais à tous les autres, qui s'offusquent et hurlent après le melon énoooooooooooorme que j'aurais soit-disant pris juste parce que je n'ai pas donné satisfaction à leur exigence, et bien vous savez quoi ? J'ose le dire là, bien en face de mon écran - ouais ben ça va, les thérapies comportementales ça ne marche pas sur tout et pour l'instant j'ose surtout dire des choses à mon clavier c'est une première étape - je m'en fiche. En vrai dans la vie de tous les jours vu que je suis grossière à souhait je dirais plutôt que je vous emmerde. Mais là, quand même, ça me semble limite, non ?

 

Edit: Ne me remerciez pas pour cette leçon de vie que je viens de vous donner. Premier exercice à tous ceux qui partageraient mon problème: dites non au moins une fois dans la journée. Juste parce que vous n'en avez pas envie. Sans vous excuser ni vous justifier. Juste NON.

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