Depuis quelques
jours, mes enfants, chair de ma chair, sont chez mes parents. Bon,
certes, ils ont aujourd'hui six ans et du coup, ces vacances si elles
sont appréciables n'ont rien à voir avec celles que leur absence
représentait il y a quelque temps.
En effet, les
premières années, les voir s'en aller c'était comment dire... un peu
comme si Jack Bauer se voyait offrir une semaine de congé au club med
avec l'assurance de n'avoir aucun complot terroriste à déjouer. Vous
pensez que j'exagère ? Ha! J'aurais aimé vous y voir, tiens.
Pourquoi ?
Je vais vous dire
pourquoi. Parce que malgré toutes nos prières, les incantations à la
vierge du sommeil, et malgré même le whisky glissé dans les biberons le
soir - naaaaaaaaan je rigole - j'ai donné naissance à une insomniaque
en herbe. Vous me direz, une sur deux, c'est pas si terrible.
Sauf que si.
En fait, terrible, c'est pas le mot. Même que là tout de suite, le mot je ne le trouve pas.
Je sais, je suis
volontairement grave. Mais c'est parce que je me dois, en tant que
mère, en tant que femme mature et expérimentée, de vous mettre en
garde, vous les pas encore mamans qui caresseraient le rêve de donner
un jour naissance à un charmant bambin.
Je ne veux pas
vous décourager hein ? Mais il faut tout de même être averti avant de
prendre ce genre de décision. Et la vérité c'est que les enfants vous
pourrissent le sommeil.
VOLONTAIREMENT.
Vos nuits
auparavant tranquilles ne seront plus jamais les mêmes. Passées les
premières semaines où il vous faudra nourrir et changer votre petit
amour - quoi que personnellement, j'ai rapidement décidé de
laisser mes chéris baigner dans leur caca la nuit, histoire qu'ils
fassent BIEN la différence avec le jour, comme le conseillent les
livres que je n'ai pas lu - il vous faudra ensuite vous battre
avec des fantômes, réduire à néant des monstres qui se planquent dans
les rideaux ou tout simplement partir à la chasse au doudou qui, c'est
sûr, prend vie dès la nuit tombée. Ben oui, sinon comment expliquer
qu'il parvienne à se retrouver sous un meuble à l'autre bout de la
chambre à quatre heures du matin ? Et bien sûr hors de portée de votre
main à laquelle il manque exactement quatre milimètres pour l'attraper
et ce après déboitement de votre épaule.
Je passe sur la
tétine, cette garce, qui non contente de défigurer chouchou le jour
prend un malin plaisir à se coincer entre les barreaux du lit à des
heures indues. Je vous laisse imaginer certaines scènes, bébé hurlant à
la mort parce que tototte a disparu et vous, à moitié nue, à quatre
pattes en train d'extirper ladite et maudite tototte du sommier à
lattes. Autant dire que c'est probablement dans ces moments de grande
solitude maternelle que chouchou apprend ses premiers jurons, de la
bouche même de sa mère. Ne vous inquiétez pas, vous pourrez toujours
accuser plus tard l'éducation nationale, la télévison ou la cour de
récréation, tout en sachant dans votre fort intérieur que "putain de
salope de tototte", c'est un peu de vous tout de même.
Bien sûr, comme
tous les nouveaux parents, vous jurerez aux grands dieux que jamais au
grand jamais chouchou ou pupuce ne viendra dormir dans votre lit. Le
problème c'est que vous sous-estimez votre adversaire. Vous n'avez pas
idée de la capacité pulmonaire d'un enfant la nuit. Vous n'avez pas
idée non plus de son endurance et des coups retords dont il est capable
pour parvenir à ses fins. Sachant qu'en plus, il n'y a RIEN de plus
mignon et attendrissant qu'un enfant à moitié endormi.
Evidemment, au
bout de deux semaines sans sommeil, vous oubliez tout ce que vous avez
lu sur les dégâts psychologiques que peut provoquer le fait de partager
son oreiller avec bébé.
Mais ce que vous
ignorez à ce stade c'est que chouchou veut bien plus que votre lit. Il
vous veut VOUS pour lui tout seul. Et pour ça, il va lui falloir faire
dégager son papa, l'ennemi n°1. Le plus souvent, il y parvient. En
s'endormant à l'horizontale. En cas de résistance paternelle, quelques
coups de pieds bien placés ne sont pas à exclure.
Et
voilà. C'est comme ça que vous finissez par vous retrouver exactement
dans la situation que vous aviez juré éviter: dormir avec un marmot qui
bouge dans tous les sens, qui ronfle encore plus fort que son père et
contre lequel vous ne pouvez même pas réchauffer vos pieds. Pendant ce
temps, l'homme tente en vain de se rendormir, tout recroquevillé dans
le lit de l'héritier.