Pensées d'une ronde

La trève

L'homme qui l'emmena se baigner nue était arrivé au bon moment. Il était temps peut-être de cesser de se détester. Mais la mue fut lente. Il en fallut de la patience à l'homme pour qu'elle accepte de croire son regard. Et petit à petit, le corps a changé. Le poids ne s'en est pas allé, mais la féminité s'est immiscée.

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Un regard différent

Quand il l'a rencontrée, il n'a vu que son sourire. Il a aussi remarqué ses arrondis et ses courbes et il a eu envie de poser ses mains sur ses hanches. Elle a senti qu'il ne la verrait jamais comme elle se pensait. Et tout doucement, elle a senti qu'une longue mue s'amorçait. Il l'a très vite emmenée à la mer et l'a fait se baigner nue.

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Sur le dos

Longtemps, la ronde ne s'est montrée aux hommes qu'allongée sur le dos. Ses amants ne lui pas connu de profil. Elle est aussi passée maître, au fil des années, dans l'art de se vêtir et se dévêtir sous les draps, en quelques secondes. Il était inimaginable pour la ronde qu'un homme - ou une femme, d'ailleurs - puisse la contempler nue, tout simplement. Il n'était pas né non plus celui qui aurait le droit de toucher son ventre honni. Alors les amants se sont vite découragés, interprêtant ces bizarreries comme l'expression d'une pudeur exagérée, d'inhibitions définitives, ou même d'un manque total de désir.

Et puis un jour, un homme qui aimait le ventre des rondes est entré dans sa vie...

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Lui et Moi, dialogue dans un magasin...

 

- j’ai grossi, hein ?
- Non, je ne trouve pas
- Tu ne trouves pas que j’ai grossi ?
- Non, je t’assure, tu es très bien.
- ce pantalon, il ne me grossit pas un peu ?
- Non, il te va très bien.
- Cette couleur, ça me grossit, je trouve. Je devrais m’habiller tout le temps en noir. Le noir, ça mincit.
- non, le rose te va bien, vraiment.
- Je ne sais pas pourquoi je suis entrée dans ce magasin, rien ne me va, de toutes façons, je suis énorme.
- Mais non, regarde, ce petit haut, je suis sûr qu’il te va.
- Putain, tu comprends rien ou quoi ? je n’ai pas besoin d’un tee-shirt, j’en ai des dizaines. C’est un pantalon que je veux.
- Ne t’énerves pas, moi je disais ça pour t’aider.
- je ne m’énerve pas. C’est juste que je suis affreuse. Obèse. Je ne sais pas comment tu fais pour rester avec moi.
- Arrêtes.
- Tu trouves que j’ai grossi, hein ?
- Non, je te dis.
- Menteur. J’ai besoin que tu me dises la vérité. Si tu ne dis rien uniquement pour ne pas me blesser, saches que ça me blesse encore plus. Alors. Dis-le.
- Quoi !
- Que j’ai grossi.
- Peut-être un tout petit peu, mais à peine.
- Ah ! Tu vois ! Comme ça, au moins, c’est clair.
- ça y est
- ça y est quoi ? Je ne vais pas te dire que ça me fait plaisir tout de même. En plus, c’est peut-être pas le moment le plus approprié, là, dans ce magasin, pour me le dire. Je te remercie, j’avais le moral à zéro, on peut dire que là, je suis carrément désespérée

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