Pensées d'une ronde

Et si tu te promenais toute nue ?

La scène se passe dans une chambre un matin. Elle est torse nu et cherche un haut dans son armoire.

 

- Lui: Mmmm...

 

- Elle (mi-amusée, mi-gênée): Quoi ?

 

- Lui: Non, rien, t'es sexy avec juste ton jean.

 

- Elle: Arrête, mes seins tombent, ils sont atroces. Ne me regarde pas.

 

- Lui: Si, j'aime bien moi...

 

-Elle: Non, je te dis, laisse moi m'habiller, en plus j'ai...

 

- Lui: ... grossi, oui, on sait. (Après un silence) J'aimerais te voir nue plus souvent...

 

- Elle: Tu me vois nue tous les soirs, ça va quand même...

 

- Lui: Non, quand je vois une moitié de cuisse le temps que tu la glisses sous les draps c'est que j'ai de la chance. Tu détiens le record du monde de vitesse de déshabillage. Je ne te vois jamais nue comme ce matin. Et encore, tu es à moitié nue... Tu te rends compte ? Au bout de dix ans, je pourrais compter sur les doigts de la main les fois où je t'ai vue nue, debout, comme ça.

 

- Elle: C'est parce que j'ai peur.

 

- Lui: Peur ?

 

- Elle: Oui. J'ai peur que si tu me vois nue, tu finisses par ne plus m'aimer.

 

...

 

- Lui: Pourtant c'est le contraire. C'est à force de ne plus jamais te voir nue que je risque de ne plus t'aimer...

 

Voilà, je n'ai pas trouvé de chute drôle. Je crois que c'est parce que c'est un dialogue un peu triste en somme, non ?

 

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Parlez moi d'amour

 La scène se passe pour une fois hors de la chambre à coucher. Ben si quand même, ça arrive ! Imaginez. Un dimanche ensoleillé, un des premiers de l'année. Un de ces après-midi qui sent le printemps et qui vous fait voir la vie différemment. Une balade sur les quais de Seine, les enfants courent devant et jouent à chat. La Guinguette pirate tangue gentiment, le bâteau phare se remet d'une nuit forcément agîtée. La nouvelle passerelle à deux étages posée au pied de la grande Bibliothèque offre le spectacle d'un balai incessant de promeneurs qui vont et viennent au dessus de l'eau.

Elle et lui marchent l'un contre l'autre. Elle se sent bien, heureuse et submergée d'amour.

-Elle (se serrant contre lui): On est bien...

- Lui: Oui...

- Elle: Non mais je veux dire, on est bien là, tout de suite, mais on est bien aussi, dans la vie, quoi. Tous les deux, on est bien.

- Lui: Oui...

- Elle: Je suis heureuse je crois. D'être avec toi. Aussi de me marier avec toi. Et toi ?

- Lui: Oui...

- Elle (grand soupir d'aise): Mmmm... C'est chouette de se promener, c'est romantique ici hein ? Enfin, moi je trouve. Parce que toi, t'es quand même pas super bavard... ça va ?

- Lui: Oui. (Silence) J'ai envie de ton sexe.

- Elle (se détachant ostensiblement de lui) : Ah, ben là, j'ai pas mieux.

- Lui: Quoi ? ça ne te fait pas plaisir ?

- Elle: Non mais c'est pas le problème. Je te dis des mots doux, on se promène au soleil, les enfants sont juste devant, c'est pour ainsi dire un instant parfait, et toi, tout ce que tu trouves à me dire, c'est: "J'ai envie de ton sexe" ?

- Lui: Mais c'est gentil non ? Et puis c'est vrai.

- Elle: C'est pas "gentil", c'est sexuel.

- Lui: Mais c'est bien le sexe, non ? Et puis ça veut dire que je t'aime.

- Elle: Mais moi j'avais envie que tu me dises des choses qui me font rêver tu vois ? "J'ai envie de ton sexe", là, tout de suite, désolée mais ça ne me fait RIEN. Franchement, si je te sors, à froid, "j'ai envie de ton sexe", qu'est-ce que ça te fait ?

- Lui: Ben...

- Elle: Quoi ? ça ne te fait rien quand même ?

- Lui (mi-gêné, mi-content de lui) Si.

- Elle: Ah ben en effet, pas mieux.

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